Compte tenu du développement historique des technologies de l’information et de l’organisation institutionnelle de l’Union (trois piliers), la SSI apparait de façon segmentée dans les différents champs de la politique européenne.
Bien que la Directive sur la signature électronique date de décembre 1999, il est raisonnable de considérer l’adoption de la Stratégie de Lisbonne au printemps 2000 comme l’étape fondatrice de la prise en compte par l’Union des enjeux de la sécurité des systèmes d’information au sein des politiques communautaires (1er pilier). L’objectif était de mettre en place une « économie de la connaissance … capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Il était nécessaire de mettre en place un « Plan d’action eEurope ». Dès janvier 2001, la communication 2000/890 appelait à « Créer une société de l’information plus sûre en renforçant la sécurité des infrastructures de l’information et en luttant contre la cybercriminalité »
Le plan d’action eEurope 2002 (première tranche) ciblait en particulier le développement des accès à Internet « moins chers, plus rapide et surs », avec la sécurisation des réseaux et des cartes à puces, la mise en place d’un cadre juridique adaptée au marché des télécommunications et l’organisation d’une structure européenne pour améliorer la sécurité des systèmes d’information. Le plan d’action eEurope 2005 (deuxième tranche) insistait surtout sur le déploiement d’un accès sécurisé large bande à Internet et le développement de services en ligne (eGovernement, eBusiness, eHealth, eLearning, etc.). En Décembre 2003, a été décidé la création et l’implantation en Grèce d’une agence en charge de la sécurité des réseaux et de l’information (ENISA).
En 2005, l’« Initiative i2010 » établit un cadre stratégique pour faire de l’Europe une société de l’information et de la connaissance. Un axe important de cette initiative est alors de rendre Internet plus sûr vis-à-vis « des fraudeurs, des contenus préjudiciables et des défaillances technologiques ». Une étape importante en matière de SSI européenne est la proposition en mai 2006 d’une « Stratégie pour une société de l’information sûre » finalement adoptée par le Conseil en mars 2007. Cette stratégie préconise trois lignes directrices : dialogue, partenariat et responsabilisation entre les acteurs publics, les entreprises et les utilisateurs individuels. Elle insiste sur la nécessité de
Enfin la Commission européenne a publié en mars 2009 une communication sur la protection des infrastructures d’information critiques, qui trace les lignes d’un programme prioritaire pour assurer la sécurité et la résilience des infrastructures publiques d’information. Ce plan a été discuté en avril 2009 lors de la conférence ministérielle de Tallinn et est actuellement traité au sein du groupe d’expert créé pour l’occasion intitulé EFMS. Une résolution du Conseil a été adoptée en décembre 2009 répondant à la communication de la Commission de mars 2009 et préparant le débat législatif de 2010 sur le futur mandat de l’ENISA.
En 2010, la stratégie numérique proposée par la Commission donne les orientations stratégiques de la politique européenne dans le secteur du numérique pour les années à venir. Plusieurs actions clés pour renforcer la confiance et la sécurité en Europe y sont prévues, notamment la création d’un nouveau mandat pour l’ENISA et la création d’un CERT des institutions européennes.
La Commission a proposé le 30 septembre 2010 un nouveau mandat pour l’ENISA visant à « permettre à l’Union, aux États membres et aux parties prenantes de se doter de moyens importants et d’atteindre un degré élevé de préparation pour prévenir et détecter les problèmes SRI et mieux y répondre ». En parallèle, la Commission propose un prolongement du mandat actuel de l’agence pour une durée de 18 mois afin de s’assurer que le processus législatif et administratif sera terminé avant l’extinction de l’actuel mandat.
La construction d’une politique de défense (2
Ces conditions préalables n’étaient pas réunies en Europe avant l’accord de Saint Malo de décembre 1998 et les conclusions du Conseil européen de Cologne de juin 1999 sur le renforcement de la politique européenne commune de sécurité et de défense.
Si la vision proposée en 2003 dans la « Stratégie européenne de sécurité » n’évoque pas les menaces et risques liés aux réseaux et à l’information, la mise en œuvre de l’action politique, de ses instruments (Agence européenne de défense-AED, Institut européen d’études de sécurité-ISS) et des capacités associées a conduit à mettre en place progressivement les outils nécessaire de protection de l’information et des réseaux au niveau requis :
En matière de capacités futures, la vision à long terme fournie par l’AED en 2006 évalue l’impact de la révolution technologique, notamment concernant les technologies de l’information pour les volets capacitaires « informe » (surveillance du cyberespace) et « protège » (protection des réseaux et zones d’actions contre les cyber-attaques).
Concernant la sécurité des systèmes d’information, la lutte contre la cybercriminalité (« 3ème pilier) s’inscrit dans le sillage de la « Convention Internationale contre le cybercriminalité » adoptée en 2001 par le Conseil de l’Europe.
La Décision cadre sur les cyber-attaques adoptée en 2005 par le Conseil européen a établi des normes juridiques communes aux États membres dans ce domaine (incrimination, sanctions, échanges d’information, coopération intra-européenne).
D’autres instruments juridiques européens complètent des questions abordées dans la Convention internationale :
Concernant la lutte anti-terrorisme, les attentats de 2001 sur New-York et ceux de Madrid et Londres ont conduit à deux d’actions principales :
En 2009, le programme de Stockholm – Une Europe ouvert et sûre qui sert et protège le citoyen, définit les orientations stratégiques pour la période 2010-2014 dans le domaine de liberté, de sécurité et de justice dans lequel la lutte contre la cybercriminalité tient une place importante.
Le 30 septembre 2010, la Commission a proposé une directive relative aux attaques visant les systèmes d’information et abrogeant la décision-cadre 2005/222/JAI du Conseil qui vise essentiellement à harmoniser les sanctions pénales des EM (en prévoyant des circonstances aggravantes en cas d’utilisation de botnets et d’usurpation d’identité) et à prévoir des procédures de coopération entre les EM.
La communication de la Commission sur la politique de sécurité intérieure du 22 novembre 2010 donne par ailleurs une place importante à la cybersécurité.
[1] Cet accord spécifique fait partie de l’arrangement plus général dit « Berlin + » ; voir http://www.wsibrussels.org/showarticle.cfm?id=191